Brynhildr – Frédéric Coché et Richard Wagner

L’anneau de Nibelung (Der Ring des Nibelungen) est l’oeuvre-monde de Wagner. 15 heures de théâtre et de musique qui nous transporte de la création du monde à la chute des dieux et l’avènement de la société des hommes. Autour d’un anneau maudit, en compagnie d’un dragon, d’amours impossibles et de héros au destin tragique, Wagner redonne vie à la mythologie nordique et médiévale allemande et préfigure les mondes de la fantasy. Mais supposons un dessinateur qui ne croit pas trop aux prophètes ni aux héros, qui désire rendre ces histoires à leur origine primitive, grotesque, irrévérencieuse. Comme un calque qui aurait bougé : des scènes s’ajoutent, des personnages disparaissent, des traits grossissent, des détails s’effacent, d’autres bouillonnent, et une demi-déesse amputée, abandonnée et trompée décide de bouleverser les plans des dieux et des hommes. Brynhildr est l’histoire de cette femme, racontée par Frédéric Coché en 72 eaux-fortes.
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Le projet

Brynhildr – Frédéric Coché et Richard Wagner  – Appareil critique de Gwladys Le Cuff et Aurélien Gleize – Edité par FRMK et la Pommerie – Format fini: 29,5 x 20,3 cm – 112 pages bichromie / Cartonné– 1000 exemplaires sans code barre – ISBN 9782390220244– 28 euro

→ Sortie le 15 avril

 

 

Si l’oeuvre séminale du compositeur allemand est un grand «Siegfried» composé à rebours (sa mort, sa jeunesse, ses parents, l’origine mythique du monde dans lequel il rencontre son destin), la « mise en scène » que monte Coché s’articule autour du personnage d’une Walkyrie qui cherche à s’émanciper d’un récit héroïque pris entre l’épée et la blessure.

C’est très simple, en apparence : découpé presque comme les opéras (Rheingold, Walküre, Siegfried, Götterdämmerung), dans une tension qui mène des âges mythiques vers le monde moderne et la chute des dieux. Sous la flèche du temps s’expriment pourtant d’autres lignes de force : un symbolisme jungien étalant à un niveau cosmique des pulsions et mécanismes psychiques internes, des jeux de langage freudiens pour transformer les leitmotive wagnériens en images et gripper la grande machine narrative.

Quelle transformation, aussi, de la matière lyrique : à l’opéra, les personnages, incarnés par des acteurs, chantent à pleine voix leur pensées secrètes. Une double contrainte qui n’existe pas dans la gravure – d’une part, sans texte ni musique, l’expression du drame doit être figurée par l’expression, le geste, la danse, seul, en duo ou en groupe, tirant le récit vers une sarabande des fous ; d’autre part, sans acteurs, nul besoin de s’en tenir à des personnages humains : dieux, animaux et monstres peuplent les cases. Erda, déesse de la Terre, est la terre du royaume des dieux: sa tête, le Walhalla, leur demeure ; sa poitrine, le jardin de Freia ; son sexe, l’embouchure du Rhin, que gardent les trois filles. Quant à Wotan : un spermatozoïde-méduse-têtard réduit à sa fonction fécondante, qui vole de page en page pour peupler le monde, faire avancer le récit et orienter les actions de sa descendance.

Enfin, la musique : comme souvent avec Frédéric Coché, le silence est assourdissant. Mais pas de chanteurs comme dans L’Homme Armée ou de musiciens comme dans Hortus Sanitatis ; ici, ce sont des paquets de notes que s’échangent les personnages, à la fois monnaie, signes à interpréter et matière réelle dont est composé le monde (comme les cellules motiviques font la matière musicale de l’opéra). Les dieux les portent dans leur traîne, le feu qui protège Brünnhilde est un nuage de notes, elles servent de cailloux du Petit Poucet pour guider Siegfried dans sa quête.

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