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L’Évangile Doré de Jésus-Triste par la "S" Grand atelier


Vint la Nuit où l’Ange de l’Éternelle Joie annonça Son retour.
L’Ange apparut à Jeanne et Elle conçut aussitôt.
L’Ange lui dit : « Voilà que tu auras une fille qui ne sera pas comme les autres. Tu l’appelleras Jésus-Triste. »


Statut  : en cours de production
Souscription : à l’étude
Parution  : Mai 2017

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Un évangile pas comme les autres

La Bible fait partie du patrimoine culturel de l’humanité mais elle reste mal connue, parfois même par les personnes croyantes et pratiquantes, quasiment toujours par les autres. Dans le cadre du projet Avé Luïa initiée par la "S" grand atelier, il nous est apparu intéressant de ne pas se limiter à la relecture des images, produites essentiellement par le catholicisme, mais aussi de tenter autant que possible d’approcher et d’interroger les Écritures. Bien entendu, il n’a jamais été question de faire le catéchisme aux artistes de la S grand atelier et d’ailleurs. De plus, dans le champ d’action qui est le nôtre, l’accès à la lecture ne va pas de soi. Dans cette situation, travailler sur les images de Gustave Doré nous a semblé pouvoir ouvrir une brèche. En effet, cet artiste a proposé un survol de l’ensemble du texte biblique, dont les 265 images ont connu une postérité exceptionnelle, source d’inspiration des péplums américains hollywoodiens jusqu’à la récente Genèse de Robert Crumb. Elles permettaient donc, via la narration graphique, d’aller plus loin dans le travail autour de l’esthétique religieuse catholique, à l’aide d’une pratique particulièrement prisée à la S grand atelier : la linogravure.

Thisou Dartois, Benjamin Monti, Gerda Dendooven, Billie Mertens, Jean-Christophe Long ont été invités à se joindre à cette nouvelle Odyssée de la mixité. Nous avons fait le choix de ne travailler, dans un premier temps du moins, que sur le Nouveau testament, soit 80 images, pour rendre le projet plus "raisonnable", mais aussi parce qu’en matière de religion, Jésus-Christ est sans contexte la star des artistes de S. Chacune d’es images de Doré a été interprété, parfois plusieurs fois, par un couple mixte d’artistes, l’un au dessin, l’autre à la gravure sur linoléum, retrouvant en somme le mode de production de ces images à l’époque, Gustave Doré réalisant les dessins et un atelier d’une vingtaine de graveurs étant chargé de l’exécution.
Ainsi, les artistes qui sont venus en résidence à deux reprises à la S ont pu non seulement faire vivre la belle idée de la mixité propre à la S, mais aussi redonner une nouvelle vie à une forme de partenariat artistique qui a disparu avec l’évolution des techniques d’impressions.
Et c’est alors que ce qui devait arriver arriva. De la succession de gravures est né un nouveau récit, une nouvelle histoire : l’Évangile doré de Jésus-Triste. L’histoire d’une femme changée en homme pour mourir sur la croix et prendre sur elle toute la tristesse du monde.

L’étincelle de nouvel évangile, c’est la représentation par Gustave Doré de Marie-Madeleine repentante, représentation infidèle au texte mais conforme à la tradition picturale des Vanités ou des jeune femmes accompagné par la mort. C’est ainsi que pour compléter notre récit, nous sommes allés chercher chez un primitif flamand, Dirk Bouts, la seule image qui ne soit pas issue de la Bible illustrée par Doré.

Grâce au travail des éditions 2024, on a redécouvert que Gustave Doré avait été un pionnier de la bande dessinée. En témoignent Des-Agréments d’un voyage d’agrément (1851) et Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la Sainte Russie (1854). Mais Gustave Doré avait une soif de reconnaissance que l’écriture comique et la caricature n’étaient pas en mesure de lui apporter à l’époque. Il s’est tourné vers l’illustration prestigieuse de grands classiques, puis vers la peinture. Son premier grand oeuvre d’illustrateur sera la Divine Comédie de Dante, comme une entrée en matière pour attaquer ensuite la Bible. Il est ici au plus loin de la bande dessinée. Les Illustrations sont réparties hors-texte, les illustrations du Nouveau testament commencent en regard du texte de l’Ancien. Pourtant elles font ainsi le lien entre ces deux parties nettement inégales. Et elles imposent leur narration, une forme de condensé, à ceux que la lecture du texte intégrale rebute. Réinterpréter et faire de ces images le support d’un récit original et outsider, c’est leur rendre toute leur puissance d’évocation. C’est aussi réconcilier, à 150 ans de distance, leur auteur avec la bande dessinée et les créations échevelées de ses débuts.

Le partenariat avec la maison du Docteur Guislain est venu parachever notre projet. Dans cet ancien asile d’aliénés, qui abrite désormais une collection art outsider, sera présentée Avé Luïa, l’ensemble des créations religieuses de la "S". Le livre sera publié à cette occasion en français et en flamand en association avec le Musée.

Ainsi L’Évangile doré de Jésus-Triste marche sur les eaux miraculeuses qui s’étendent entre les artistes porteurs d’un handicap et les autres, entre les croyants et les autres, entre les wallons et les flamands, entre les femmes et les hommes, entre tout un chacun.

Yvan Alagbé